Rime

La rime est de manière générale (surtout en littérature) un jeu d'homophonie entre des phonèmes de fin de mot répétés en fin de vers (c'est une forme d'homéotéleute). En phonétique, le mot prend un sens plus restreint : c'est le noyau et l'éventuelle coda d'une syllabe.

Note : les transcriptions phonétiques données entre crochets droits suivent les usages de l'alphabet phonétique international. Les transcriptions phonologiques, entre barres obliques, ne s'intéressant qu'aux oppositions fondamentales de la langue, les suivent aussi, mais de manière plus lâche.

Sommaire

Rime en poésie française

La rime est un procédé sonore poétique constitué par la répétition d'un ou plusieurs phonèmes identiques (parmi lesquels il faut nécessairement au moins une voyelle tonique) à la fin de deux ou plusieurs vers proches. Les phonèmes ne riment que s'ils sont dans le même ordre. Par exemple, les deux vers suivants riment :

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur [...]
Charles Baudelaire, les Fleurs du Mal, sonnet LIII « l’Invitation au voyage »

En effet, la fin de chacun d'entre eux reprend en écho les phonèmes communs /sœr/ (« douceur » et « sœur »). On dit que ces deux vers « riment en /œr/ » ou qu'on a « une rime /œr/ » : il n'y a donc qu'une seule rime (on ne nomme pas rime chaque fin de vers mais seulement les phonèmes répétés).

Stylistiquement, il est important de repérer que la rime introduit des liens supplémentaires (ou des oppositions) entre les mots d'un texte poétique rimant ensemble, ce qui renforce le caractère condensé de l'écriture poétique (dans laquelle, de manière générale, on tend à utiliser le moins de mots possibles pour susciter le plus de sens, par le jeu des images, des connotations, des procédés sonores, etc.). Ainsi, les mots à la rime sont rapprochés par leur signifiant et, par extension, leur signifié doit être confronté : ils deviennent des mots-clefs du poème.

Rappelons que si la rime est très fréquente en poésie, elle ne se limite pas à elle (bien que la langue courante l'évite pour son caractère artificiel) et, surtout, n'est pas obligatoire dans ce genre littéraire. La poésie non rimée, à partir du XXe siècle, est devenue très courante.

Rimes féminines et masculines

Une rime est dite :

[...] abolie :
[...] Mélancolie,
→ Rime féminine /oliə/.
On note que le e caduc forme une rime féminine même après voyelle. C'est aussi le cas devant -s et -nt désinentiels (mais pas dans dans les subjonctifs soient, aient non plus que dans les imparfaits et conditionnels en -aient-oient dans l'orthographe classique).
[...] inconsolé,
[...] constellé
→ Rime masculine /le/.

Les deux extraits sont tirés du « Desdichado » (in Les Chimères) de Gérard de Nerval.

Ces noms proviennent d'une conception ancienne de la langue, dans laquelle le e caduc (que l'on a prononcé en fin de vers jusqu'au XIXe siècle, et même dans certains théâtres au XXe ; c'est encore souvent le cas dans la chanson) était réputé faible et mou, donc associé, selon les idées de l'époque, à la féminité, ce que renforce le fait qu'un e caduc de fin de vers n'est pas compté dans le nombre de syllabes du mètre.

Rimes masculines et féminines ne peuvent rimer ensemble, du moins jusqu'au XIXe siècle. Ainsi, on a longtemps considéré, soit pour des raisons sonores (tant que le e caduc a été prononcé en fin de vers), soit pour des raisons graphiques, que mer et amère ne pouvaient pas rimer non plus que aimé et désirée. Actuellement, cette séparation entre rimes masculines et féminines est rarement respectée.

Alternance des rimes

Dans la poésie classique (XVIIe), on faisait alterner rimes masculines et féminines : une rime féminine ne pouvait pas être suivie d'une nouvelle rime féminine et inversement. La coutume a commencé à se répandre à partir du XVIe siècle, sous l'influence des poètes de la Pléiade. En effet, le e caduc étant alors prononcé en fin de vers (jusqu'au XIXe siècle, surtout dans la chanson), l'alternance était audible. Dans cet exemple, le e caduc des rimes féminines est souligné :

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
Jean Racine, Phèdre, acte I, scène 3, vers 273-276

À partir du moment où il a cessé de l'être en cette position, l'alternance, devenue artificielle, a cessé d'être prescriptive à partir du XIXe siècle. De là, on lui a préféré, mais de manière plus souple, une alternance entre rimes vocaliques (dont le dernier phonème est une voyelle prononcée) et consonantiques (consonne finale prononcée). Ainsi (dans cet exemple, la voyelle des rimes vocaliques est soulignée) :

Et dont la gauche balle un peu,
Tout petit peu plus que l'autre
D'un air roublard et bon apôtre,
À quelles donc fins, nom de Dieu ?
Paul Verlaine, Hombres, poème XI « Même quand tu ne bandes pas »

L'alternance se fait entre la rime vocalique en /ø/ (peu, Dieu) et consonantique en /otr/ (autre, apôtre, qu'on ne considère pas comme devant se lire /otrə/).

Qualité des rimes

La qualité des rimes est déterminée par le nombre de phonèmes répétés dans le même ordre en partant de la fin du vers (e caduc final exclu car seule la dernière voyelle tonique compte).

Une rime est dite :

D'aller là-bas vivre ensemble !
[...]
Au pays qui te ressemble !
Baudelaire, op. cit.
→ Rime riche /sɑ̃bl/ (quatre phonèmes) ;
Si mystérieux (avec diérèse : /misterijø/ et non /misterjø/)
De tes traîtres yeux
Baudelaire, op. cit.
→ Rime suffisante /jø/ (deux phonèmes) ;
Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Baudelaire, op. cit.
→ Rime pauvre /o/ (un phonème).

Des consonnes finales seules ne permettent pas la rime :

Mon enfant, ma sœur
[...]
Aimer à loisir,
Baudelaire, op. cit.
→ Le dernier phonème est /r/ mais les vers ne riment pas : la dernière voyelle tonique n'est pas homophonique (/œ/ dans le premier vers, /i/ dans le second).

Si seule la dernière voyelle tonique du vers est répétée indépendamment des consonnes qui suivent (le cas échéant), on a là une assonance (très fréquente en poésie médiévale) :

Tenez les clefs de ceste citet large,
Le grant aveir en presentez al rei Carles,
Pois me jugez Rollant a rereguarde.
Sel pois trover a port ne a passage,
Liverrai lui une mortel bataille.
Chanson de Roland, laisse LII (vers 654-558)
→ Assonance en /a/.

Des vers rimant intégralement sont holorimes.

Disposition des rimes

Puisque le procédé d'homophonie que constitue la rime n'existe que par la répétition, cela implique qu'il faut au moins deux constituants (phonème ou groupe de phonèmes) homophones minimums. L'endroit où sont disposés ces constituant dans le poème et dans le vers peut être décrit avec précision.

Note : par convention, on peut représenter une même rime par une même lettre dans un poème. Ainsi, les fins de vers [...] porte et [...] forte, constituent la rime A, [...] douce et [...] pouce B, etc.

Rimes de fin de vers

Au sens propre, la rime est d'abord un écho sonore en fin de vers. Leur enchaînement dans ce cadre porte un nom particulier ; ainsi, par leur disposition les unes par rapport aux autres, les rimes de fin de vers sont dites :

Rimes plates

Les rimes sont plates quand elles s'enchaînent directement → AA(A...)BB(B...), etc.

Au tems qu'Amour, d'hommes et Dieus vainqueur, (A)
Faisoit bruler de sa flamme mon cœur, (A)
En embrasant de sa cruelle rage (B)
Mon sang, mes os, mon esprit et courage : (B)
Encore lors je n'avois la puissance (C)
De lamenter ma peine et ma souffrance. (C)
[A = /kœr/, B = /raʒ/, C = /ɑ̃s/]
Louise Labé, Élégie I
Rimes croisées

Les rimes sont croisées en cas d'alternance deux par deux → ABAB :

Maître Corbeau, sur un arbre perché, (A)
Tenait en son bec un fromage. (B)
Maître Renard, par l'odeur alléché, (A)
Lui tint à peu près ce langage : (B)
[A = /ʃe/, B = /aʒ/]
Jean de La Fontaine, Fables, I
Rimes embrassées

Elle est embrassée quand est encadrée par une autre → ABBA :

Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, (A)
Assise aupres du feu, devidant et filant, (B)
Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant : (B)
Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle. (A)
[A = /ɛl/, B = /ɑ̃/]
Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène, II, 43

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Échos sonores

Si la rime, au sens propre, ne se manifeste qu'en fin de vers, de nombreux jeux de reprises homophoniques existent qui répètent la rime finale ailleurs au sein du vers ou bien même se servent d'une autre position fixe du vers (comme l'hémistiche) pour placer une rime supplémentaire.

Parmi les nombreux procédés que nous lègue la littérature française, on peut retenir les rimes complexes suivantes :

rime annexée
Fort ſuy dolent, & regret me remort, (A)
Mort m’a oſté Madame de valeur (B)
L’heur que i’auoy(e)¹, eſt tourné en malheur, (B')
Maleureus eſt qui n’ha aucun confort. (C)
Chanson de Clément Marot (note 1 : j'avois)
rime batelée
........................XX
..........XX//..........XX
..........XX//..........YY
rime brisée
..........YY//..........XX
..........YY//..........XX
rime emperière
.................XX XX XX
.................XX XX XX

Les exemples sont empruntés à Sébillet (voir bibliographie). L'orthographe est respectée. Noter l'utilisation du s long), ainsi que l'absence de j et v, remplacés par i et u. Pour des raisons didactiques, Sébillet barre les e caducs élidés. On a ici représenté ce procédé par une mise entre parenthèses, pour des raisons techniques.

Autres jeux rimiques

[En préparation]

Rime dans d'autres poésies

[En préparation]

Rime en phonétique

En phonétique et phonologie, on nomme rime la deuxième partie d'une syllabe, celle qui suit l'attaque. Une rime se découpe à son tour en noyau et coda. Soit la syllabe française [pom] :

Attaque
Rime
noyau
coda
p
o
m

Articles connexes

Site web

http://www.barbery.net/ un dictionnaire de rimes en ligne gratuit.

See also: Rime, Accent tonique, Alphabet phonétique international, Art poétique, Assonance, Chanson de Roland, Charles Baudelaire, Classicisme, Clément Marot