Alexandre le Grand

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Copie d'un buste grec d'Alexandre, British Museum

Alexandre le Grand ou Alexandre III de Macédoine (en grec Ἀλέξανδρος Γ' ὁ Μακεδών / Alexandros III o Makedôn, Alexandros signifiant « protecteur de l'homme ») (21 juillet 356 av. J.-C.13 juin 323) est un grand conquérant de l'Antiquité.

Fils de Philippe II de Macédoine, élève d'Aristote et roi de Macédoine en 336 av. J.-C. Il fut l'un des plus grands conquérants de l'Antiquité et fonda notamment Alexandrie en 331 av. J.-C..

Le mythe d'Alexandre s'explique principalement par ses prétentions à la conquête universelle (du monde entier). Cette aspiration, à la fois impossible et presque réalisée avant qu'il ne soit foudroyé à l'âge de 33 ans, eut comme conséquence — durant un temps très court — une unité politique jamais retrouvée ensuite entre l'Occident et l'Orient.

L'héritage d'Alexandre, également marqué par les cultures grecque, occidentale, et orientale, fut partagé entre ses généraux : il s'agit des différents royaumes et dynasties de la période hellénistique.

Sommaire

Vie d'Alexandre

Famille

Alexandre est le fils de Philippe II de Macédoine et d'Olympias, princesse d'Épire, sa troisième femme. Par sa mère, il est le neveu d'Alexandre le Molosse, roi d'Épire, territoire qui se situerait de nos jours entre la région grecque d'Épire et le Sud de l'actuelle Albanie.

La légende veut qu'Olympias n'ait pas conçu Alexandre avec Philippe, qui avait peur d'elle et de son habitude de dormir en compagnie de serpents, mais avec Zeus. Alexandre se servit de ces contes populaires à des fins politiques, faisant référence au dieu plutôt qu'à Philippe quand il évoquait son père. Une autre légende, d'origine égyptienne celle-là, (Roman d'Alexandre) veut qu'Alexandre soit le fils du dernier pharaon égyptien de la XXXe dynastie, Nectanébo II.

Par son père Philippe II, Alexandre descendrait de Téménos d'Argos, lui-même descendant d'Héraclès, fils de Zeus — pour cette raison, la dynastie macédonienne s'appelle dynastie des Argéades ou des Téménides. Par sa mère, Olympias, de la dynastie des Éacides, Alexandre affirmait descendre de Néoptolème, fils d'Achille et de Déidamie.

Enfance et éducation

Située dans le Nord de la Grèce actuelle, la Macédoine est l'une des régions pélasgiques antiques. La langue parlée est alors l'un des nombreux dialectes grecs, cependant, dès l'époque du roi Archélaos (fin du Ve siècle av. J.-C.), la langue officielle de la cour et de la chancellerie macédonienne devient l'attique. Philippe, qui a séjourné à Thèbes comme otage (entre 369 et 367 av. J.-C.), le parle pour sa part couramment.

Après avoir été éduqué par Léonidas et Lysimaque d'Acarnanie, Alexandre reçoit pour précepteur le philosophe Aristote de 343 à 340 av. J.-C.. Ce dernier est le fils de Nicomaque, médecin d'Amyntas III, le grand-père d'Alexandre. Il rédige une édition annotée de l'Iliade pour son élève. Alexandre lit également Hérodote et Xénophon, auteurs qu'il sut exploiter lors de ses conquêtes.

Plusieurs compagnons d'enfance d'Alexandre se retrouveront à ses côtés lors de la conquête de l'Asie.

Le roi de Macédoine

Un prince associé au pouvoir

Bien que considéré comme barbare par les Athéniens, le royaume de Macédoine a, sous le règne de Philippe, étendu son hégémonie sur la Grèce classique. Il vainc Athènes aux Thermopyles en 352 av. J.-C., intervient dans un conflit entre Thèbes et Phocis, triomphe d'une coalition d'Athènes et de Thèbes à la bataille de Chéronée, en 338 av. J.-C.. Alexandre y fait ses preuves en commandant la cavalerie et en taillant en pièces le bataillon sacré des Thébains. La phrase suivante est alors attribuée à Philippe : « Mon fils, aurait-il dit, cherche-toi un autre royaume car celui que je te laisse est trop petit pour toi ! » Philippe est également l'initiateur de la ligue de Corinthe, rassemblant toutes les cités grecques, à l'exception de Sparte, sous son commandement. La ligue doit porter la guerre contre l'Empire perse. En 340 av. J.-C., en l'absence de son père parti assiéger Byzance, Alexandre devint régent de Macédoine.

En 337 av. J.-C. cependant une violente dispute oppose le père et le fils quand Alexandre prend le parti de sa mère Olympias à laquelle Philippe souhaite imposer Cléopâtre, sœur ou nièce d'un général de Philippe, Attale, comme seconde épouse légitime et dont il a bientôt un fils. Alexandre doit se réfugier dans la famille de sa mère en Épire. Cependant la brouille ne dure guère et bientôt pardonné Alexandre sauve la vie de son père lors d'une expédition contre les Triballes.

L'élimination de tout rival potentiel

Il semble vraisemblable qu'Alexandre ne soit pour rien dans l'assassinat de son père par l'un de ses officiers. Par contre les historiens de l'Antiquité sont moins affirmatifs en ce qui concerne le rôle éventuel dans ce meurtre de la reine-mère Olympias dont elle est probablement l'instigatrice. En punissant les meurtriers et leurs complices Alexandre fait mettre à mort tous ceux qui pourraient un jour devenir des adversaires. De plus, pour ne pas avoir de concurrent au trône, il fait assassiner son cousin Amyntas IV, roi de Macédoine vers 360 av. J.-C./359 av. J.-C. que Philippe II avait renversé alors qu'il n'était qu'un enfant. Quand à Olympias, profitant d'une absence de son fils parti guerroyer au nord, elle fait tuer le fils de Philippe II et de Cléopâtre et contraint cette dernière à se pendre. L'oncle de cette dernière, Attale, qui se trouve en campagne en Asie avec Parménion est aussi assassiné. Impossible de savoir si elle agit avec l'assentiment d'Alexandre ou non, toujours est-il que le nouveau roi de Macédoine n'a plus de rival capable de lui contester le trône.

La consolidation du pouvoir

Il n'est pas seulement roi des Macédoniens, mais aussi, comme son père, archonte à vie des Thessaliens et hégémon (ἡγεμών, « commandant en chef ») et stratège autoproclamé de la ligue de Corinthe. De fait, la politique de la Ligue est entièrement dictée par les Macédoniens Philippe puis Alexandre. Cependant avant de reprendre le projet de son père de porter le guerre en Asie il assure la sécurité de son royaume par deux expéditions au nord de la Macédoine, l'une jusqu'au Danube, l'autre en Illyrie révoltée (fin de l'année 336 av. J.-C. et début de l'année 335 av. J.-C.). C'est alors que profitant de ce que le nouveau roi de Macédoine est occupé au nord les cités grecques se révoltent.

La réponse d'Alexandre est à la fois foudroyante, impitoyable et paradoxale. Impitoyable car la ville de Thèbes est entièrement rasée (335 av. J.-C.) si l'on excepte la citadelle de la Cadmée et la maison natale de Pindare et sa population réduite en esclavage. Paradoxale car Alexandre épargne Athènes, trop heureuse de se soumettre. Sans doute faut-il voir dans cette générosité la volonté de ne pas détruire le principal centre artistique, philosophique de la Grèce, ou bien l'influence de son ancien maître Aristote qui s'installe cette même année 335 av. J.-C. à Athènes et y fonde le Lycée. Cela dit les accès de fureurs chez Alexandre alternent fréquement avec des gestes de grande générosité, la destruction de Thèbes et le pardon d'Athènes ne sont que les premiers d'une longue liste.

Au final, Alexandre est assez peu présent comme souverain dans son royaume. Quand il quitte l'Europe au printemps 334 av. J.-C. pour son expédition en Asie c'est pour ne jamais y revenir.

Le Conquérant

Voir aussi : comparaison entre les armées d'Alexandre le Grand et de Darius.

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l'empire d'Alexandre

La bataille du Granique

Durant l'hiver 338-337, Philippe de Macédoine a constitué la ligue de Corinthe qui avait déclaré la guerre à la Perse. Alexandre est le continuateur de l'œuvre de son père.

En 334 Alexandre passe en Asie avec environ 32 000 fantassins et 5000 cavaliers. Il part de sa capitale Pella et en 20 jours atteint Sestos en Chersonèse. Tandis que Parménion est chargé par le roi de transporter l'armée à Abydos, tête de pont crée par Philippe II sur l'Hellespont, Alexandre se dirige vers Éléonte où il sacrifie au premier héros tombé lors de la guerre de Troie, Protésilas. Ce geste est le premier d'une longue liste qui illustre la volonté du roi de frapper les imaginations en se faisant passer pour le nouvel Achille, sans qu'il soit d'ailleurs possible de savoir s'il est sincèrement pénétré de la fierté d'appartenir à la race du héros ou s'il s'agit d'une simple gestuelle théatrale à destination de ses soldats et des peuples d'Asie mineure et de Grèce. C'est ainsi qu'il debarque en Asie près de l'emplacement supposé de Troie, dresse des autels dans le temple d'Athéna à Ilion puis va mettre une couronne sur le tombeau d'Achille tandis que Héphaïstion fait de mème sur celui de Patrocle. Ce n'est qu'après qu'Alexandre rejoint son armée à Arisbé. En quatre jours, en contournant par le nord le massif du Pityos, il arrive dans la basse vallée du Granique.

Le principal chef mercenaire grec de Darius III, Memnon de Rhodes, est partisan d'une politique de la terre brulée face aux macédoniens dont il estime à juste titre la valeur . Que l'armée entraine vers l'intérieur du pays sans combattre les troupes d'Alexandre tandis que la flotte perse porte la guerre jusqu'en Macédoine. Memnon pouvait légitimement espérer une révolte des cités grecques s'appuyant sur l'or de Darius et sur le légitime ressentiment contre Alexandre à la suite du saccage de Thèbes. Mais les satrapes perses se méfient des conseils d'un étranger et ne tiennent aucunement compte de son avis. Arsitès, le satrape de Phrygie déclare qu'il ne laissera pas brûler une seule maison de sa satrapie.

Voir aussi : Bataille du Granique.

La conquête de l'Asie Mineure

La prise de Milet

La victoire d'Alexandre a une conséquence importante : jusqu'à la bataille d'Issos il n'a que des garnisons laissées dans les villes pour s'opposer à lui. Dans la foulée du Granique Sardes, la capitale de Phrygie, se rend sans résistance, tandis que Parménion s'empare de Dascylion. La ville d'Éphèse, en proie à des luttes de factions et où Memnon s'était réfugié après la bataille, voit le parti démocratique favorable à Alexandre l'emporter. Celui-ci habilement se concilie les habitants de la ville en confiant au temple d'Artémis le tribut que la ville payait jusqu'alors à Darius et en rappellant les bannis.

Les adversaires d'Alexandre se sont réfugiés à Milet où Memnon reprend les choses en main après les velléitées de trahison à la cause perse par le chef des mercenaires grecs au service de Darius, Hégésistrate. La ville est prise en juillet 334 av. J.-C. après qu'Alexandre a interdit à la flotte perse de mouiller sur la côte en prenant Mycale.

Le siège d'Halicarnasse

Cependant Memnon s'est réfugié à Halicarnasse dont le roi Pixodaros, le frère du célèbre Mausole, s'est rangé du côté des Perses. Alexandre fait de Ada la sœur de Pixodaros, que celui-ci avait renversé, la satrape de Carie. Celle-ci l'adopte alors comme son fils. Reste à s'emparer de la ville qui comporte deux citadelles dont l'une sur une île. Alexandre après la prise de Milet vient de commettre une erreur, celle de licencier sa flotte. Aussi ne peut-il s'emparer que de la ville basse tandis que les deux acropoles restent aux mains des mercenaires grecs de Darius. Aussi Alexandre poursuit-il sa route en laissant sous le commandement de Ptolémée une troupe de 3000 fantassins et 200 cavaliers poursuivre le siège.

Alexandre s'empare de la Pamphylie et de la Pisidie

Alexandre se dirige alors vers la Lycie et s'en empare sans grande résistance. Puis à la fin de l'année 334 av.J.-C. et au début de 333 av .J.-C. il pénètre en Pamphylie puis en Pisidie. Ces régions n'appartiennent que très nominalement à l'empire achéménide. Le plus souvent ces villes sont autonomes et rivales entre elles. De ces rivalités Alexandre va jouer et reçoit la soumission d'Aspendos (à l'est de la ville actuelle d'Antalya), de Sidé(aujourd'hui le port de Selimye à environ 60 kilomètres à l'est d'Antalya). Puis il remonte vers la Phrygie et combat les habitants de la ville de Termessos (30 km au nord-est d'Antalya), traite avec bienveillance leurs ennemis de la cité de Selgè, s'empare de Sagalassos et parvient enfin à Gordion (village actuel de Yassihöyük). Il y trouve des renforts venus à la fois de Macédoine et de Grèce ainsi que Parménion qui venait en partie d'hiverner à Sardes. Le gouvernement de la Pamphilie et de la Pisidie est confié à Néarque.

La contre-offensive de Memnon de Rhodes

La première partie de la campagne d'Alexandre est terminée. La situation est indécise car certes le roi de Macédoine vient de remporter de glorieux succès mais il doit faire face à plusieurs incertitudes. Pour certains membres de sont entourage, dont Parménion est semble t-il le représentant, l'objectif de Philippe II, théorisé par Isocrate à savoir la conquète de l'Asie jusqu'aux rives de l'Halys, est atteint. Un vaste territoire est conquis par la Macédoine et ouvert à la colonisation et l'influence hellènique. Mais Isocrate, dans les projets qu'il avait présenté à Philippe envisageait une seconde solution : l'anéantissement de l'empire perse. C'est cet objectif que souhaite atteindre Alexandre. Cela explique d'ailleurs pourquoi, bien qu'il proclame sa volonté d'agir en qualité de chef des Hellènes, il s'appuie avant tout, du moins au départ, sur les Macédoniens considérés comme plus fiables et attachés à sa personne par la fidélité dynastique. C'est pourquoi il ne reste qu'assez peu de temps à Gordion, où l'épisode du nœud Gordien, s'il est authentique, lui promet l'empire d'Asie, et cela alors que la situation n'est pas totalement sans risque sur ses arrières.

En effet lors de l'hiver 334 av .J.-C. Darius donne le commandement de sa flotte à Memnon de Rhodes. Celui-ci envisage de porter la guerre en Macédoine en débarquant en Grèce (on parle de l'Eubée) et en organisant une révolte générale. Le sentiment anti-macédonien demeure vivace dans de nombreuses cités. L'idée d'une guerre de revanche contre les Perses, par rapport aux guerres médiques, idée développée par Alexandre et ses partisans en Grèce ne rend pas acceptable à leurs adversaires l'hégémonie macédonienne. N'oublions pas que des soldats grecs combattent dans les deux camps. Menmon reprend Chios, qui lui est livrée par le parti oligarchique (cette tendance politique sera globalement toujours hostile à Alexandre dans les citès grecques contrairement au parti démocratique) puis il rétablit le tyran Aristonicos à Méthymne et met le siège devant Mytilène. C'est alors que Memnon meurt (probablement au début de l'année 333 av .J.-C.) et que son plan est abandonné par Darius III. Il est en effet décidé que Darius lui-même marchera à la tête de son armée contre Alexandre. Autophradatès et Pharnabaze remplace Memnon à la tête de l'armée et de la flotte. Pharnabaze reprend Milet et Halicarnasse mais doit se séparer de ses mercenaires grecs qui vont rejoindre, sans doute par mer, l'armée que Darius rassemble.

Cependant il est clair qu'Alexandre estime avoir fait une erreur en licenciant sa flotte. C'est pourquoi il charge deux officiers, Hégélochos et Amphotéros (le frère de Cratère) d'en reconstituer une de nouveau. Il s'en faut de peu qu'un conflit éclate avec Athènes dont les vaisseaux venus du Pont-Euxin sont interceptés par Hégélochos. Celui-ci doit faire face à une menace d'intervention de la flotte d'Athènes et relache les vaisseaux. Cet épisode illustre la nécessité pour Alexandre d'une victoire en Asie pour empécher toute tentative de révolte en Grèce. C'est pourquoi quand au début de l'été 333 av. J.-C. il apprend que Darius III marche sur la Cilicie Alexandre quitte Gordion.

D'Issos à Arbèles

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Alexandre le Grand sur son cheval Bucéphale
Détail de la mosaïque Romaine de Pompéi représentant la Bataille que livra Alexandre le Grand contre Darius III, au Museo Nazionale di Napoli

En quittant Gordion, Alexandre se rend dans un premier temps à Ancyre et reçoit la soumission de la Paphlagonie puis celle de la Cappadoce jusqu'à l'Halys. Il pousse ensuite vers le sud, pénètre en Cilicie par le passage gardé par le satrape Arsamès des « portes ciliciennes » (passes de Gulek Boghas). Il fait étape à Tarse et y tombe malade. Cependant Parménion, véritable second du roi lors de l'expédition, occupe les passes qui permettent le passage de la Cilicie à la plaine d'Issos (col de Karanluk-Kapu) puis celles qui au-delà contrôlent le passage vers la Syrie (passes de Merkès et de Baïlan). Alexandre, une fois sur pied, soumet, en 7 jours selon Arrien, les populations montagnardes de Cilicie et s'empare de Soles où il rétablit, en théorie du moins, la démocratie. Il apprend à ce moment la pacification de ses arrières avec les victoires de Ptolémée en Carie sur le satrape Orontobatès et la chute d'Halicarnasse, de Myndos et la soumission de Cos. Cependant, peu de temps après (333 av .J.-C.), le satrape Pharnabaze, à la tête de la flotte perse soumet Ténédos et Sigeion et s'entend avec le roi de Sparte, Agis III, qui tente de soulever la Grèce en lui donnant de l'argent et quelques navires.

C'est alors que l'arrivée imminente de Darius III devient certaine. Le souverain achéménide s'est installé dans la plaine d'Issos, abandonnant curieusement la position plus favorable à sa cavalerie de Soches, peut-être la volonté de couper Alexandre de ses arrières et de le contraindre à la bataille. Alexandre est en Syrie mais il fait demi-tour, ayant besoin pour les raisons invoquées plus haut d'une victoire, et, reprenant le chemin des passes syriennes déjà emprunté, il s'aventure lentement dans la plaine d'Issos organisant sa ligne de bataille devant l'armée perse.

Voir aussi : Bataille d'Issos.

La conquête de la Phénicie

La déroute des Perses après la défaite d'Issos est totale. Darius avec quelques milliers d'hommes à peine s'enfuit vers Thapsaque (ville de Syrie sur l'Euphrate) tandis que d'autres fuyards sont dispersés par les divers officiers d'Alexandre. De nombreux fugitifs se refugient en Phénicie puis de là gagnent l'ÉgypteChypre. Le résultat le plus net de la victoire c'est, paradoxalement, la soumission totale du monde grec qui ne songe plus à se révolter. Démosthène, à Athènes, avait prédit (et espéré?) la défaite du roi de Macédoine. La victoire d'Issos fait cesser, provisoirement en tout cas, les velléités d'indépendance des cités grecques si l'on excepte le roi de Sparte qui tente (fin 333 av .J.-C.?) de soulever la Crète. La flotte perse représente donc le seul danger et la maîtrise de la côte phénicienne, pouvant lui servir de base arrière, est donc indispensable. C'est pourquoi, délaissant la poursuite de Darius III, Alexandre prend la route du sud vers Arados (au nord de la Phénicie) tandis que Parménion est envoyé sur Damas où il s'empare des bagages de Darius.

La période de l'empire achéménide pour les Phéniciens avait été une période prospère car en leur laissant une véritable autonomie les rois perses avaient permis aux cités phéniciennes de reprendre en partie la maîtrise de nombreuses routes commerciales face à leur adversaires traditionnels les Grecs. Les Phéniciens constituaient une grande part des marins de la flotte perse à la bataille de Salamine par exemple. Mais divisée entre elles ces cités n'adoptent pas une attitude commune face à l'arrivée des Macédoniens. Le roi d'Arastos, Gérostrate, estime qu'il n'a pas les moyens de résister et surtout que sa cité, plus riche de son commerce terrestre (avec la Perse et la Médie surtout) que de son commerce maritime, n'a aucun intérêt à un siège destructeur. La ville se rend ainsi que les citès de Marathos, Sigôn et Byblos. Quand à Sidon, elle se soumet d'autant plus facilement que ses habitants n'ont pas oubliés les représailles d'Artaxerxès II lorsque la ville avait participé à la révolte des satrapes sous le règne de ce prince.

Le siège de Tyr

A la fin de l'année 333 av. J.-C., alors qu'Alexandre est à Sidon, des négociations s'engagent avec le roi de Tyr, Azemilcos, lequel souhaite rester neutre dans le conflit. Refus d'Alexandre qui par contre désire offrir un sacrifice dans le temple de Melqart à Tyr. Refus des Tyriens qui décèlent le piège. Faire entrer Alexandre en vainqueur dans le temple c'est lui donner pouvoir sur la cité. Quand à Alexandre, il ne lui sert à rien de tenir la côte phénicienne si la ville de Tyr, avec ses deux ports, reste en dehors de son contrôle. C'est pourquoi commence en janvier 332 av. J.-C. le long siège de Tyr (jusqu'en août 332 av. J.-C.). La ville neuve est sur une île qu'Alexandre compte atteindre en construisant une digue avec les débris de la vieille ville (la ville continentale) d'environ 60 m de long. Mais les difficultés s'accroissent quand la digue atteint des eaux plus profondes, d'autant que les Tyriens effectuent des raids meurtriers avec leurs navires.

Alexandre cependant a un atout. En tenant les autres cités phéniciennes, il disperse la flotte perse (début 332 av .J.-C.) dont les équipages phéniciens rentrent progressivement dans leurs ports d'attache. Les rois de Sidon, d'Aratos, de Chypre offrent ces navires à Alexandre qui ainsi peut constituer une flotte suffisante pour le siège de la ville (sans doute une centaine de navires). Après un raid d'une dizaine de jours pour soumettre les populations des montagnes du Liban actuel, il constate que sa nouvelle flotte est prête et apprend l'arrivée de Cléandre avec un corps de 4000 mercenaires, pour la plupart issus du Péloponnèse.

Attaquée par terre, isolée par mer, la vieille cité résiste jusqu'en août 332 av. J.-C. La prise de la ville donne lieu à des actes d'une grande violence tant les habitants se défendent avec acharnement. Les Tyriens utilisent des tridents, ressemblant à des sortes d'hameçons, pour arracher les boucliers des Macédoniens. Ces derniers n'ont pas oublié les scènes de prisonniers de l'armée d'Alexandre précipités du haut des murailles. Sans doute 7000 à 8000 habitants de la ville sont tués (selon Diodore de Sicile), et 20 000 au moins sont vendus comme esclaves (une partie de la population dont beaucoup de femmes et d'enfants s'est enfuie vers Carthage). Ce succès permet à Alexandre de terminer sa mainmise sur l'ensemble de la Phénicie.

Le pharaon

Alexandre après la prise de Tyr prend le chemin de l'Égypte non sans avoir repoussé à deux reprises, malgré l'avis favorable de Parménion, des propositions de paix plus qu'avantageuses de Darius III. Ce que semble désirer Alexandre ce n'est pas un empire macédonien débordant largement sur l'Asie mais l'Asie toute entière, du moins la connaissance qu'en possèdent les Grecs. Sur la route de l'Égypte il rencontre une forte résistance à Gaza, sous la conduite de l'eunuque Batis, et prend la ville (fin 332 av .J.-C.) dont la garnison est massacrée et la population vendue en esclavage. Alexandre est blessé à deux reprises lors de ce siège. En 7 jours depuis Gaza il atteint alors Péluse en Égypte.

Quand Alexandre entre en Égypte en décembre 332 av. J.-C., il semble être accueilli en libérateur. Il est fort possible que ce soit les Égyptiens eux-mêmes qui aient demandé son aide, pour les affranchir de la domination perse qui s'exerce, difficilement car les Égyptiens se sont révoltés de nombreuses fois, sur le pays depuis deux siècles. Toujours est-il qu'il ne rencontre que peu de résistance, et qu'il étend rapidement son royaume jusqu'à la première cataracte du Nil.

Alexandre se fait proclamer pharaon à Memphis en 331 av. J.-C. Il sacrifie au taureau Apis — gage de respect des traditions égyptiennes — et honore les autres dieux. Il se dirige ensuite vers la côte méditerranéenne où il choisit l'emplacement de la future Alexandrie qui n'est achevée que sous Ptolémée Ier ou II. La légende veut qu'Alexandre ait choisi lui-même les plans de la nouvelle cité. Il se rend ensuite dans l'oasis de Siwa où il rencontre l'oracle d'Amon-Zeus qui le confirme comme descendant direct du dieu Amon. Cette salutation, conforme à l'étiquette égyptienne, est très largement exploitée par la propagande du Conquérant. Cette anecdote est rapportée ainsi par Plutarque :

« Quelques-uns affirment que le prophète, voulant le saluer en grec d'un terme d'affection, l'avait appelé « mon fils » (παιδίον / païdion), mais que, dans sa prononciation barbare, il achoppa sur la dernière lettre et dit, en substituant au nu (ν) un sigma (ς): «fils de Zeus» (παις Διός / païs dios) ; ils ajoutent qu'Alexandre goûta fort ce lapsus et que le bruit se répandit qu'il avait été appelé « fils de Zeus » par le dieu. »
Plutarque (46-120), Vies Parallèles

De retour à Memphis, il se fait officiellement couronner dans le temple de Ptah et réorganise le pays avant de repartir à la conquête du Moyen-Orient. C'est durant son séjour égyptien qu'il apprend la déroute définitive de ce qui reste de la flotte perse et la capture de ses derniers adversaires en mer Égée dont le satrape Pharnabaze. Fait prisonnier, celui-ci parvient à s'échapper mais l'un des amiraux d'Alexandre, Hégélochos, apporte à son maître de nombreux prisonniers qui sont éxilés dans la ville égyptienne d'Éléphantine. Cela laisse toute latitude à Antipater, le régent de Macédoine pour s'occuper du toujours remuant roi de Sparte, Agis III qui est tué plus tard en 331 av. J.-C. à la bataille de Mégalopolis. Il quitte ensuite l'Égypte au printemps 331 av. J.-C. pour n'y jamais revenir.

Vers la bataille décisive avec Darius III

Lors d'un nouveau passage à Tyr, il reçoit une délégation d'Athènes qui obtient du roi la libération des mercenaires Athéniens qui avaient combattus à la bataille du Granique dans les rangs de l'armée perse. Puis à la fin du printemps/début de l'été 331 av. J.-C. l'armée macédonienne se met en marche vers l'Euphrate qui est traversé fin juillet à Thapsaque sur un pont de bateaux. Le satrape Mazès (où Mazæos) s'est replié à l'arrivée de son adversaire. Les podromoi d'Alexandre repèrent l'armée de Darius plus au nord, aussi le roi de Macédoine au lieu de marcher sur Babylone selon son plan initial remonte vers le nord, vers Nisibe, et franchit le Tigre vers le 20 septembre 331 av. J.-C. (aux environs de Djésireh, dans l'Irak actuel) contournant son adversaire par le nord. Alexandre reprend alors la direction du sud avec le Tigre sur sa droite. Au bout de quatre jours de marche il apprend que l'armée perse, innombrable, l'attend à Gaugamèles non loin d'Arbèles (actuelle ville d'Erbil dans le Kurdistan irakien).

Voir aussi : Bataille de Gaugamèles.

À la poursuite de Darius III

L'entrée dans Babylone et Suse

Le succès du combat lui ouvre la route de Babylone, qui se rend suite à des négociations. Nous connaissons mieux de nos jours les trois semaines entre la bataille et son entrée dans la ville (fin octobre 331 av. J.-C.) grâce à une tablette babylonienne qui, bien que détériorée, fait une nette allusion à la bataille de Gaugamèles et à sa chronologie précise. L'auteur anonyme y parle de la fuite de Darius « vers le pays de Guti » ce qui désigne la Médie. La suite de ce texte indique que les autorités de Babylone négocient avec le vainqueur et que celui-ci habilement garantit le maintien des traditions religieuses et la préservation des sanctuaires. Il donne l'ordre de rebatir le sanctuaire de Bel Mardouk qui tombait en ruine. Le vainqueur de Darius maintient d'ailleurs la plupart des dignitaires à leur poste (souvent sous le contrôle d'un officier macédonien). C'est le cas de Mazée (Mazæos), un noble perse, qui sur ordre de Darius s'est replié sur Babylone dont il devient alors le satrape, poste auquel il est confirmé par Alexandre. Celui-ci s'évite ainsi un siège long qui pouvait permettre à son ennemi de se ressaisir et inaugure sa politique de ralliement à sa personne de l'aristocratie achéménide.

Il entre en vainqueur dans la capitale de l'Empire perse et y demeure près d'un mois. Tandis que Darius, en fuite, tente de réunir une nouvelle armée royale dans les hautes satrapies, Alexandre prend la direction de Suse, laquelle se rend à son tour. Il avait cependant dépêché Polyxénos à Suse afin de s'assurer du trésor important (sans doute près de 50 000 talents d'argent) qui s'y trouvait. Une partie importante de cet argent (sans doute 30 000 talents) est envoyé à Antipater afin qu'il l'utilise dans sa lutte contre Sparte.

Les difficultés d'Antipater

L'année 331 av. J.-C. est une année difficile, outre ses relations excécrables avec Olympias, pour celui à qui Alexandre a confié le gouvernement de la Macédoine et de la Grèce en son absence. Apparement la dispersion de la flotte perse, suite à la prise de Tyr, n'attise plus les vélléités de révolte des Grecs sauf à Sparte où le roi Agis III s'assure le concours des pirates crétois puis de l'ensemble des peuples de Péloponnèse (Éléens, Arcadiens et la quasi totalité de l'Achaïe à l'exception de Pellènè). Mégalopolis et Messène sont les seules cités importantes à refuser d'entrer dans la coalition anti-macédonienne. Dans un premier temps Agis est vainqueur d'un corps expéditionnaire macédonien dirigé par Corrhagos et assiège Mégalopolis. Le reste de la Grèce cependant ne bouge pas et même Démosthène à Athènes conseille de n'en rien faire. Il est vrai que le geste habile d'Alexandre, de renvoyer de Suse vers Athènes la statue d'Aristogiton et d'Harmodios, lui concilie provisoirement une partie des habitants de la cité attique.

En Thrace Memnon, un stratège macédonien envoyé pour contenir une révolte, prend le parti des populations insurgées. Enfin la reine Olympias provoque des difficultés quand à la mort de son frère Alexandre, le roi d'Épire, tué dans une expédition en Italie elle avance des prétentions au trône de ce pays. Elle en assure finalement la régence pour l'un de ses petits-enfants, fils du roi précédent et de sa fille Cléopâtre. Antipater réagit en traitant avec Memnon pour le neutraliser en en dirigeant la quasi-totalité de ses forces, sans doute 35 000 à 40 000 hommes vers le Péloponèse. Agis ne dispose quand à lui que de 20 000 hommes environ et 2000 cavaliers. Il est battu et tué sous les murs de Mégalopolis à l'automne 331 av. J.-C. Sparte est contrainte à dissoudre la ligue péloponésienne et à entrer dans la ligue de Corinthe. La nouvelle peu après de la victoire de Gaugamèles assure un peu plus la souveraineté macédonienne.

L'incendie de Persépolis

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Gravure à l'eau-forte du buste en marbre conservé au Capitole

La campagne se poursuit en direction de la Perse proprement dite. Alexandre emprunte la route, que suivait la cour du Grand Roi lors de ses périgrinations entre les diverses capitales de l'empire, qui passe à travers le pays des Ouxiens (sud-ouest de l'Iran actuel). Il soumet, par un campagne foudroyante dont il a l'habitude, les montagnards de ces régions qui s'engagent à payer un tribut en chevaux et bêtes de somme dont à besoin l'armée. Après avoir été un temps arrêté par la résistance du satrape Ariobarzane aux Portes persiques, il franchit l'Araxe sur un pont qu'il fait construire et parvient dans la ville la plus symbolique du pouvoir perse, Persépolis.

La ville est livrée au pillage, puis quelque temps après, les palais de la terrasse sont livrés aux flammes. Cet incendie est parfois interprété comme volontaire, bien qu'il aille à l'encontre de la politique d'intégration aux coutumes locales du conquérant. Alexandre aurait ainsi effectué un geste symbolique mûrement réfléchi, à la fois en direction des Perses et des Grecs de la Ligue. Une autre interprétation affirme qu'Alexandre aurait provoqué l'incendie dans un état d'ivresse, poussé en cela par une jeune courtisane athénienne, Thaïs. Il est possible qu'Alexandre ait voulu par là venger les destructions perses à Athènes, en 480, ou plus simplement qu'il ait souhaité affirmer son pouvoir face à une population peu encline à se rallier à lui. Quoiqu'il en soit, Alexandre regrettera par la suite cet incident, qui fut très mal perçu par les Perses.

La mort de Darius III

Darius III pendant ce temps s'est réfugié en Médie puis devant l'avance d'Alexandre décide de prendre le chemin de l'Hyrcanie (sud-est de la mer Caspienne). Il est rejoint à Ecbatane par Ariobarzane, Bessos avec des cavaliers originaires de Bactriane et un corps d'environ 2 000 mercenaires Grecs. Darius envoie son harem, ce qui reste de son trésor aux portes caspiennes (à l'est de Téhéran) qui permettent l'entrée en Hyrcanie et qui se révèlent faciles à défendre. Alexandre pénètre en Paratécène (l'actuelle région d'Ispahan), soumet la population et fonce sur Ecbatane pour y apprendre que Darius vient de s'enfuir trois jours plus tôt avec environ 9 000 hommes dont 3 000 cavaliers. À Ecbatane le roi de Macédoine licencie ses cavaliers Thessaliens, lance Parménion vers l'Hyrcanie et Cleitos vers la Parthie (a l'est de l'Hyrcanie). Lui-même se lance avec des troupes rapides à la poursuite du monarque en fuite. En onze jours il parcourt la route qui va d'Ecbatane à Rhagæ (légèrement au sud de Téhéran) où il est obligé de laisser souffler ses hommes et chevaux cinq jours. Il apprend par des transfuges que Darius est prisonnier des satrapes Bessos et Barsaentès et qu'il se dirige vers Hécatompyle (actuelle ville de Chahroud). En apprenant cette nouvelle Alexandre confie ses troupes à Cratère et avec ses éléments les plus rapides marche pendant une journée et demi sans pratiquer de véritable pause. Un jour plus tard, après une marche nocturne, il atteint le camp de Darius que celui-ci vient d'abandonner. Le soir même Alexandre impose à ses hommes une nouvelle marche de nuit pour aboutir à un campement de nouveau abandonné. Finalement Alexandre avec quelques cavaliers et fantassins montés rejoint le convoi de Darius. Celui-ci est mort assassiné par Bessos, Barsaentès et Satibarzane qui viennent de s'enfuir avec quelques centaines de cavaliers. (été 330 av .J.-C.). L'un des satrapes comploteurs, Bessos, tente de prendre les rênes du pouvoir perse, sous le nom d'Artaxerxès, mais il est trop tard, Alexandre tient fermement l'empire perse.

Toujours plus à l'est

Darius III mort Alexandre lui rend les honneurs royaux et se présente en justicier contre ses assassins. Il est probable que la mort de Darius, à laquelle il est étranger, est pour Alexandre une bonne nouvelle car quel sort eût-il pu réserver au Grand Roi s'il avait été pris vivant? Au contraire il lui est possible maintenant de se montrer généreux avec sa famille et de faire ensevelir Darius dans les tombes royales de Persépolis. Les satrapes restés fidèles à Darius sont récompensés tel Artabaze qui reçoit la satrapie de Bactriane.

La révolte de l'Arie

Avant de poursuivre Bessos et ses complices Alexandre soumet l'Hyrcanie et les populations montagnardes de la région (actuels montagnes du Khurāsān à la frontière entre l'Iran et le Turkménistan (les Tapouriens et les Mardes). Il incorpore à son armée la majorité des mercenaires Grecs qui étaient au service de la Perse (ceux recrutés avant 334 av. J.-C.) et rassemble ses troupes à Zadracarta (Astérabad actuelle). Une partie des soldats est renvoyée, sous le commandement de Parménion en qui il est plausible qu'Alexandre n'ait plus qu'une confiance limité, à Ecbatane tandis qu'il se prépare à poursuivre les satrapes en fuite. Il apprend à Zadracarta que ceux-ci se sont séparés et que Bessos, qui se proclame roi sous le nom d'Artaxerxès IV, s'est réfugié en Bactriane tandis que Satibarzane est retourné en Arie (actuelle région d'Hérat à l'ouest de de l'Afghanistan) et Barsaentès en Drangiane (sud de l'Afghanistan).

Alexandre s'empare assez rapidement de l'Arie, en remontant la vallée de l'Atrek, et maintient Satibarzane à son poste en lui adjoignant un stratège macédonien Anaxippos. Mais, alors qu'il se prépare à remonter vers la Bactriane, Satibarzane se révolte (automne 330 av .J.-C.), assassine Anaxippos et massacre les troupes macédoniennes laissées en Arie avant de s'enfuir. Alexandre afin de maintenir l'ordre dans cette province y fonde une ville Alexandrie d'Arie puis se dirige vers la Drangiane ou le rebelle Barsaentès lui est livré et mis à mort. En octobre ou novembre 330 av .J.-C. Satibarzane se révolte de nouveau en Arie. Il est tué dans un affrontement avec le corps expéditionnaire lancé contre lui par Alexandre et dirigé par Artabaze, Érygyos et Caranos.

Le meurtre de Philotas et Parménion

C'est à l'automne de l'année 330 av. J.-C. que se déroule un épisode dramatique entrainant la mort de proches d'Alexandre sur ordre du roi. Alors que l'armée séjourne dans la capitale de la Drangiane, Phrada-Prophtasia (au sud de Hérat), Philotas le fils de Parménion et commandant de la cavalerie est emprisonné et jugé pour complot, où plus exactement pour avoir eu vent d'un complot contre le roi et de n'avoir rien fait pour le dénoncer. Il est jugé par l'assemblée des Macédoniens, fortement accusé par Cratère (qui y voit sans doute un moyen d'éliminer un rival qui pourrait lui faire de l'ombre à lui l'étoile montante des officiers d'Alexandre) et lapidé selon la coutume. Quand à Parménion, qui se trouve à la tête de nombreuses troupes en Médie, Alexandre ignore s'il se trouve impliqué dans la conjuration. Dans le doute il envoie des officiers le mettre à mort ce qui est fait. Il s'en faut de peu que les troupes de Médie se soulèvent devant ce meurtre odieux. Cet épisode est révélateur des réticences de plus en plus fortes d'une partie des Macédoniens et de l'entourage du roi sur cette épopée qui les voient s'enfoncer de plus en plus en Asie, loin de leurs bases, de leur pays à la poursuite d'un but et d'un rêve qui leur échappe. Les maladresses de Philotas, expliquant volontiers qu'Alexandre n'aurait pas remporté ses victoires sans l'aide de son père et la sienne et qui se moquait des prétentions du roi à être considéré comme le fils de Zeus-Amon, expliquent aussi sans doute qu'Alexandre ne tente rien pour sauver sa vie. Cet épisode démontre aussi qu'Alexandre est près à tout pour l'accomplissement de ses desseins même le meurtre de ses plus proches conseillers ou amis. La mort de Cleithos au printemps 328 av .J.-C. le prouve tragiquement.

La difficile pacification de l'Asie centrale

De Drangiane l'armée passe vers la fin de 330 av. J.-C. en Arachosie (sud-ouest de l'Afghanistan) mais est retardé dans sa poursuite de Bessos par la révolte de Satibarzane en Arie. Le roi fonde une nouvelle ville, Alexandrie qui correspond à l'actuelle Kandahar, laisse un stratège nommé Memnon comme satrape en Arachosie et remonte vers la Bactriane à la poursuite de Bessos. La traversée des monts Paraponisades (Hindū-Kūsh), que les Macédoniens et les Grecs confondent apparement avec le Caucase, s'effectue au printemps 329 av .J.-C.. En Bactriane Bessos est en fuite, ravageant les vallées entre les Paraponisades et l'Oxus (actuel Amou-Daria) afin de limiter les possibilités de ravitaillement de ses poursuivants. Il s'empare d'Aornos qui devient à son tour une Alexandrie puis de la cité de Zariapsa ou Bactres (act Balkh). L'armée passe ensuite l'Oxus sur un pont flottant fait de tentes de peaux remplies de diverses matières séchées et passe en Sogdiane. Les satrapes Spitamène et Oxyartèsdécident alors de livrer Bessos et le font savoir à Alexandre. Ptolémée est chargé de cette capture délicate qui intervient au début de 329 av. J.-C.. Bessos est emmené à Bactres où on lui coupe, à la façon des Perses, le nez et les oreilles puis il est envoyé à Ecbatane et exécuté (329 av. J.-C..

Pendant près de deux ans Alexandre lutte en Sogdiane et en Bactriane contre des satrapes révoltés, contre les peuples des Saces et des Massagètes contre lequels Cratère va s'illustrer. Spitamène, le satrape ayant livré Bessos, se révolte et massacre plusieurs garnisons macédoniennes. Il inflige même un cuisant échec militaire à des officiers d'Alexandre sur le fleuve Polytimetos (Seravchan dans l'actuel Ouzbékistan). Après avoir hiverné (329 av. J.-C./328 av. J.-C.) à Bactres Alexandre repart pour la Sogdiane qui s'agite quand Spitamène reparait en Bactriane et surprend dans une embuscade la garnison de Zariapsa.

C'est en ce début d'année 328 av. J.-C. que se déroule un épisode qu'Alexandre va profondément regretter, le meurtre de Cleitos (ou Clitos). Ce dernier, parfois présenté comme le frère de lait du roi, est un de ses plus fidèles compagnons et lui sauve même la vie lors de la bataille du Granique. Lors d'un banquet se terminant souvent en ivrognerie généralisée, scène dont Alexandre semble familier, les auteurs antiques sont unanimes sur ce point, Cleitos porte les exploits de Philippe II au dessus de ceux de son fils. Celui-ci ne le supporte pas et dans un accès de rage tue son ami de sa main. Dégrisé Alexandre pleure longuement Cleithos et lui fait faire de grandioses funérailles. Cependant ce séjour dans les provinces orientales de l'ancien empire achéménide pèse fortement sur l'entourage du roi. Quand Alexandre tente d'imposer l'étiquette perse aux Macédoniens, en particulier le fait de se prosterner devant lui, une protestation portée par Callisthène, le neveu d'Aristote et historiographe du roi, semble approuvée par de nombreux compagnons du roi. Alexandre d'ailleurs cède et ne maintient cette étiquette que pour ses sujets asiatiques mais la part qu'il donne à ses derniers dans l'armée et l'administration suscite des mécontentements dans son entourage proche. Le complot des pages, né du désir de vengeance personnelle d'un de ces jeunes gens entourant et servant le roi qui s'estimait injustement puni, révèle cependant que parmi ses compagnons de jeunesse, nourris comme lui aux sources de la philosophie grecque, certains jugent insupportable ses nouvelles exigences et commencent à le considérer comme un tyran. Callisthène qui avait raillé les prétentions d'Alexandre à la divinité est exécuté lors de la repression qui fait suite à ce complot.

L'insaisissable Spitamène succombe finalement à la trahion des Massagètes qui au cours de l'hiver 328. J.-C./327 av. J.-C., alors qu'Alexandre est à Nautaca (sud-est de l'actuelle Boukhara), envoient sa tête au roi de Macédoine. Le printemps 327 av .J.-C. est occupé à détruire les derniers ilôts de résistance, rôle dont s'acquite Cratère, et à réorganiser l'empire dans cette région. À la place d'Artabaze, satrape de Bactriane ralliée depuis longtemps à Alexandre mais qui trés agée demande à être relevé de' son commandement, Alexandre nomme un macédonien Amyntas.Enfin il épouse en 327 av .J.-C. la fille d'Oxyartès, Roxane. Le roi fonde aussi Alexandrie d'Eschate (actuelle Khodjend), sur le fleuve Iaxartès (Syr-Daria), qui marque le point le plus au nord de son périple.

L'Inde et la fin du périple

L'Inde pour les Macédoniens et les Grecs est une contrée mystérieuse connue par les textes d'Hécatée et d'Hérodote ainsi que ceux de Ctésias, médecin à la cour d'Artaxerxès II. Ces auteurs ont sans doute utilisé la relation du voyage qu'y fit Scylax de Caryanda sur ordre de Darius Ier. La vallée de l'Indus est théoriquement sous le contrôle de l'empire achéménide depuis cette époque mais en réalité la frontière du pouvoir perse se limite aux Paraponisades. Quand à la vallée du Gange elle est inconnue. Cependant des relations existent puisque l'on trouve dans les armées perses quelques éléphants et des contingents indiens.

Alexandre avait-il l'intention d'intervenir en Inde. Il est difficile de l'affirmer aujourd'hui. Ce qui est sur c'est qu'il est aisement convaincu, alors qu'il guerroie encore en Sogdiane, par Taxile, l'un des roitelets de la vallée septentrionale de l'Indus, d'intervenir contre son ennemi Pôrôs qui gouverne un royaume à l'est de l'Hydaspe (aujourd'hui le Jhelum). Alexandre est conseillé aussi par un prince indien, Sisicottos, qui après avoir suivi la fortune de Bessos s'est rallié au conquèrant.

La conquête du nord-ouest de l'Inde

Au printemps 327 av. J.-C. Alexandre part de Bactres à la tête d'une armée considérable, sans doute 120 000 personnes dont au moins 60 000 soldats, le reste étant constitué d'esclaves, de serviteurs mais aussi de femmes et d'enfants. Les Grecs et Macédoniens ne représentent guère que la moitié des effectifs combattants. Le roi de Macédoine en effet a recruté des Asiatiques qui sont organisés dans des unités sur le modèle macédonien.

Alexandre repasse donc les monts Paraponisades et se rend à Nicæ (soit Begrām, soit Kaboul) où il reçoit le renfort de Taxile et en particulier des éléphants de guerre. Puis il charge Héphaïstion et Perdiccas de soumettre les peuples vivant sur la rive sud du Cophen (la rivière qui descend de la vallée de l'actuelle Kaboul vers l'Indus) tandis que lui s'occupe de la rive septentrionale (été 327 av. J.-C.). Si la conquête de la rive sud se déroule sans trop d'encombre, ses deux généraux atteignant l'Indus avant lui, Alexandre est confronté aux Assacènes (Açvakas) qui offrent une forte résistance. La prise de leur ville forte Aornos lui donne du fil à retordre. Finalement il atteint l'Indus où Héphaïstion et Perdiccas ont construit un pont et celui-ci est franchi au printemps 326 av. J.-C.. L'armée se repose alors à Taxila la capitale de Taxile. Peu après l'armée s'ébranle pour combattre Pôrôs qui surveille l'Hydaspe (actuel Jhelum l'un des affluent de l'Indus) avec une armée nombreuse. Alexandre manœuvre une fois de plus avec habileté car laissant Cratère avec le gros des troupes, il traverse avec sa cavalerie et ses hypaspistes le fleuve dans une région boisée environ 150 stades en amont (environ 30 km) afin de prendre Pôros à revers. La victoire est totale, mais après une bataille d'une grande violence.

Poursuivant sa politique d'intégration des chefs locaux Alexandre laisse Pôrôs en place, conquis par la noblesse de celui-ci, avec un territoire plus vaste que celui qu'il avait à l'origine. Une révolte sur ses arrières de la part des Assacènes l'oblige à envoyer des troupes dirigées par Philippe et Tyriaspès tandis que lui-même parcours le Panjâb actuel y soumettant les divers peuples qui y vivent. Alexandre pense alors franchir l'Hyphase (actuel Sutlej, fleuve le plus oriental de la vallée de l'Indus) pour atteindre la vallée du Gange et l'Océan extérieur.

Mais à l'automne 326, sur les rives de ce fleuve, Alexandre doit affronter une levée de boucliers des Grecs et des Macédoniens et le roi ne parvient pas à les convaincre d'aller plus loin. Le Conquérant est obligé de se plier aux volontés de ses soldats et donne l'ordre du retour. Il fait ériger douze autels monumentaux, ainsi qu'un camp artificiellement agrandi jusqu'au triple de ses dimensions normales, marquant le point extrême de sa progression à l'Est.

La conquête de la vallée de l'Indus

Alexandre décide ensuite de soumettre toute la vallée de l'Indus. Il fait construire une flotte, prête à l'automne 326 av. J.-C. où il embarque avec une partie de son armée, pour descendre l'Hydaspe puis l'Acésine afin de rejoindre l'Indus. Cette flotte est construite avec la contribution financière de nobles de la cour et de l'état-major du roi. Elle est dirigée par Néarque avec des équipages essentiellement phéniciens et grecs suite aux renforts qu'Alexandre vient de recevoir. Avant le départ, et malgré la mort de Cœnos un des chefs militaires les plus populaires et un des plus fidèles compagnons d'Alexandre, une assemblée des princes locaux reconnait Pôrôs comme souverain, sous la suzeraineté du roi de Macédoine et de l'empire perse. Alexandre embarque avec lui les archers, les hypaspistes et les cavaliers de sa garde cependant que Cratère longe la rive droite et Héphaïstion, avec l'essentiel de l'armée, descend le long de la rive gauche.

A l'embouchure de l'Hydaspe et de l'Acesine des rapides endommagent la flotte qui doit réparer. Certains peuples se soumettent rapidement mais d'autres comme les Malles et les Oxydraques refusent. Vers la mi-novembre 326 av.J.-C., le Conquérant soumet les Malles, mais commet la faute d'attaquer une ville de brâhmanes, ce qui provoque une rébellion qui se propage rapidement avant d'être réduite par Peithon. Au cours de cet engagement il est assez sérieusement blessé au point que l'armée croit en sa mort. Il doit faire ouvrir les rideaux de la cabine de son navire pour rassurer ses troupes.

Alexandre, trop emprunt de culture grecque, ne comprendra jamais le système de castes indien, et finit par rejoindre l'embouchure de l'Indus après une violente campagne de répression. Les Macédoniens sont effrayés par le phénomène des marées, quasi inconnu en Méditerranée, ce qui n'empèche pas Alexandre d'établir un port, des arsenaux, des citernes dans un port construit au sud de la ville de Pattala preuve qu'il s'agit pour lui d'un territoire destiné à être incorporé à son empire.

Le difficile retour

Alexandre pour son retour vers Babylone divise son armée en trois corps (août 325 av .J.-C.). Néarque, avec une flotte d'une centaine de navires, 2 000 marins et 12 000 soldats, est chargé de remonter la côte de l'Indus jusqu'à l'embouchure du Tigre et de l'Euphrate. Cratère quand à lui a déjà quitté l'armée avec 4 taxes et les vétérans qui veulent retourner en Macédoine. Il remonte par l'Arachosie et la Drangiane (sud de l'Afghanistan actuel) et doit retrouver Alexandre en Carmanie (région qui correspond au sud de l'Iran vers le détroit d'Ormuz). Sans doute s'agit-il pour Alexandre de montrer ses troupes dans des régions soumises depuis peu et à proximité de la Bactriane où les colons militaires venaient de se révolter.

Alexandre choisit pour le retour la route la plus difficile, par le désert de Gédrosie(actuel Mâkran, ce qui correspond à la frontièr du Pakistan et au sud-est de l'Iran). Il s'agit d'un espace isolé, couvert de marécages salés, avec peu d'oasis et sans doute insuffisantes pour d'aussi nombreux effectifs. L'armée fait donc face à un périple beaucoup plus difficile : 3 mois et 750km de marche dans le désert pour rallier la ville de Pura. Malgré la saison des pluies, plus de 50 000 personnes meurent pendant le trajet. Les raisons de ce choix restent énigmatiques: volonté de connaître toutes les frontières de son royaume, meilleure connaissance de l'espace marin et des littoraux de l'océan indien (l'armée longe la côte sur la plupart de trajet)... Toujours est-il que ce voyage est le plus éprouvant de toute l'expédition d'Alexandre et entraîne un nombre considérable de décès par épuisement, soif et faim. D'autant qu'une partie des réserves de grain est déposé dans des fortins au bord de la mer pour nourrir la flotte, dont on a plus de nouvelle, sur ordre du roi.

En Carmanie, se fait la jonction avec Cratère. Immédiatement Alexandre est confronté à des récriminations de toutes sortes sur les officiers qui ont gouvernés l'empire en son absence. Les abus de ses satrapes sont les signes d'un malaise assez compréhensible en cette période troublée et que l'éloignement du roi ont favorisé. Deux stratèges de Médie, Cléandre et Sitalcès, sont exécutés ainsi plus tard qu'Héracon. Il s'agit des officiers qui avaient été chargé de tuer Parménion.

Quand à la flotte elle part plus tard, le 23 octobre 325 av .J.-C., longe la côte de la mer d'Érythrée (actuelle mer d'Oman), pour rallier l'Euphrate et Babylone. Commandée par Néarque, elle explore la côte avec minutie, et rencontre notamment des baleines pour la première fois. Confrontée à plusieurs tempêtes, qui lui coulent trois navires au moins, Néarque est aussi obligé de maintenir la flotte à la mer mer jour et nuit car il craint les désertions. Sur la côte sud de l'actuel Iran, la cote des Ichtyophages, il est impossible de se ravitailler à terre et les seuls aliments proviennent de la mer ce qui prend au dépourvu la flotte laquelle souffre de la faim. Finalement Néarque parvient à Harmozia (Ormuz) en face du promontoire de Macéta (Émirats.Arabes.Unis). Néarque quitte alors la flotte et se rend au devant d'Alexandre qui le reçoit avec des transports d'allégresse persuadé qu'il était de la disparition de sa flotte. Néarque repart ensuite jusqu'aux bouches de l'Euphrate (décembre 325 av. J.-C.

Après avoir rallié Persépolis, il y marque ses regrets de l'incendie de 330 en restaurant le tombeau de Cyrus.

La dernière année du règne

En 324 il est de retour à Suse, où il célèbre une dizaine de mariages entre nobles macédoniens et jeunes filles perses de l'aristocratie. Alexandre y épouse Stateira, fille aînée de Darius III. Les mariages se font à la mode perse, ce qui ne manque pas de provoquer la désapprobation des Macédoniens (qui ont déjà vu leur roi s'unir à Roxane) qui en concluent qu'Alexandre s'éloigne des coutumes grecques pour adopter une mentalité « barbare ». Le conquérant marque également la volonté d'intégrer de jeunes Perses à son armée.

Alexandre se rend ensuite à Babylone au printemps 323. C'est là qu'il meurt des conséquences d'un mal qui pourrait avoir été une forme de paludisme, probablement aggravé par l'épuisement. D'autres thèses postulent un empoisonnement ou une cirrhose (selon Plutarque, le roi était alors particulièrement adepte de fêtes orgiaques). La seule certitude est que :

« Pris d'un fort accès de fièvre et ayant très soif, Alexandre but du vin et se mit alors à délirer. »
Plutarque, Vie d'Alexandre (75, 6).
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Pharaon
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Les Ptolémées

Compagnons d'Alexandre

Son cheval

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Alexandre le Grand sur son cheval Bucéphale
Bronze Museo Nazionale di Villa Guilia, Rome, Italie.

Bucéphale était le cheval favori d'Alexandre. Selon la tradition, avant lui, personne n'avait pu le dresser. Ayant remarqué que l'animal était ombrageux — c'est-à-dire avait peur de son ombre — Alexandre parvint à le maîtriser en le plaçant face au soleil. Bucéphale mourut lors de la bataille de l'Hydaspe (326 av. J.-C.). En son honneur, Alexandre fonda sur son tombeau la ville de Bucéphalie (ou Boukêphalia).

L'héritage

Selon Plutarque, lorsque Alexandre, mourant, reçoit la question de Perdiccas : « À qui entends-tu léguer l'Empire ? », il lui fait cette réponse : « Au plus digne » (aristos, ce qui explique la confusion parfois faite avec le nom d'un de ses généraux, Cratéros (non présent lors de la mort du roi)). La scène — réelle ou non — laisse en tous cas augurer des déchirements qui vont opposer ses généraux après que son corps a été rapporté à Alexandrie. Dans un premier temps Philippe III Arrhidée et Alexandre IV lui succèdent avec pour régent Antipater. Cependant l'appétit de pouvoir des généraux est plus fort que la fidélité dynastique.

Alexandre a eu deux fils avec Roxane. Il est dit du premier qu'il est mort en bas âge. Cependant, certaines traditions orales hellénistiques pontiques font référence à la mise en scène de la mort de ce dernier, qui aurait engendré une descendance. Le second, qui est né posthume, se prénommait Alexandre Aegos et a été assassiné en 310 av. J.-C..

Les Diadoques

Les Diadoques sont les généraux d'Alexandre qui se partagèrent sa succession : Antigone le Borgne (ancêtre des Antigonides), Ptolémée Lagos ou Sôter (ancêtre des Lagides) et Séleucos (ancêtre des Séleucides). Les différentes composantes de l'empire d'Alexandre — pour leur partie occidentale — ne seront plus réunies sous la même puissance pendant deux siècles, jusqu'à l'Empire romain.

Les Antigonides

Les Lagides

Ptolémée Lagos, général d'Alexandre et son frère naturel selon Pausanias, s'approprie à la mort d'Alexandre l'Égypte dont il est alors satrape en 305 av. J.-C., et ouvre la période dire lagide, c'est-à-dire la Dynastie des Ptolémées, sous le nom de Ptolémée Ier. Cette dynastie pharaonique, la dernière, s'éteint en l'an 30 av. J.-C. avec la mort de Ptolémée XV Césarion (fils de Cléopâtre et de Jules César) et l'avènement de la domination romaine. Durant cette période, 16 Pharaons (dont deux femmes) se succèdent sur le trône d'Égypte et ont pour principal objectif de faire resurgir la grandeur passée du pays.

Les Séleucides

Les Séleucides, à qui échoit la Babylonie, sont — avec la dynastie des Ptolémées en Égypte — la plus puissante des dynasties héréditaires qui se partagèrent l'empire d'Alexandre. Cependant, le royaume séleucide ne réussit pas à maintenir ses possessions, et est réduit à l'Assyrie et la Palestine lors de la conquête romaine, au Ier siècle av. J.-C.

Les royaumes indo-grecs

Lors de la conquête de l'Inde, Alexandre institue des satrapies : satrapie de l'Indus supérieur (Gandhâra) gouvernée par Nikanor, l'Indus Moyen comprenant le royaume de Taxila et l'ouest du Panjâb, dirigée par Philippos, et l'Indus inférieur couvrant le Sind et la côte dont le pouvoir est partagé entre son beau-père Oxyartès et Péithon. Des royaumes et principautés indépendants s'intercalent, dont le royaume de Pôrôs.

Au milieu du IIIe siècle av. J.-C. les satrapies orientales se trouvent coupées de l'Empire séleucide par l'avancée des Parthes. Vers 240 av. J.-C. Diodote, satrape de Bactriane prend le titre de roi. Vers 230 av. J.-C., Euthydème s'empare du trône et son fils Démétrios lui succède. Euthydème initie un accroissement vers le sud mais c'est son fils, profitant de l'effondrement de l'Empire maurya, qui accroît le plus le royaume en ajoutant l'Arachosie, la Gédrosie et la Carmanie.

Se constitue alors un royaume indépendant dans le Gandhâra avec Agathocle et Pantaléon (vers 190 av. J.-C./180 av. J.-C.) puis Appolodote (vers 180 av. J.-C.-160 av. J.-C.).

En Bactriane, un dénommé Eucratide (170-145 av. J.-C.) s'empare du pouvoir et parvient à créer une « Grande Bactriane » incluant la Sogdiane, la Margiane et l'Arie. Puis il conquiert l'Arachosie, le Gandhâra et une partie du Panjâb. Il est assassiné par son fils et son empire s'effondre.

Ménandre — ou Milinda pour les Indiens — (vers 155-130 av. J.-C.), souverain dans le Panjâb, représenta alors une nouvelle puissance. Mais son royaume lui survécut peu.

Ensuite les connaissances sont fragmentaires : Antialcidas est souverain de Taxila vers 100 av. J.-C., son successeur Archébios règne vers 90 av. J.-C.-80 av. J.-C. et est soumis par les Saces. Vers 55 av. J.-C. les souverains grecs du Panjâb oriental Apollodote II et Hippostrate reprennent Taxila. Le dernier souverain grec connu est Straton II, roi de Sâgala, vaincu par les Scythes.

Villes fondées par Alexandre

Selon Plutarque et Appien, Alexandre aurait fondé 70 villes, seules 13 d'entre elles étant aujourd'hui identifiées.

Anecdotes

L'incendie du temple d'Artémis à Éphèse

Le jour même de la naissance d'Alexandre le Grand, le temple d'Artémis à Éphèse, l'une des sept merveilles du monde antique, était victime d'un incendie criminel. Alexandre utilisa cette coincidence pour renforcer son aura politique, et finança notamment la restauration du temple.

L'ambassade de Gaule à Alexandre le Grand

Suivant Strabon et Arrien, des émissaires celtes — les ancêtres des Scordisques du milieu du IIIe siècle — rencontrèrent Alexandre sur le Danube, où il combattait d'autres peuples en 335 av. J.-C. L'anecdote suivante est rapportée à cette occasion :

« Quand Alexandre eut vaincu les Gètes et rasé leur ville, sur le Danube, il lui vint des ambassades de tous côtés et entre autres des Gaulois, qui sont (dit-il) de grands hommes. Alexandre leur demanda alors ce qu'il craignaient le plus au monde, en s'attendant à ce que ces gens disent qu'ils ne craignaient rien plus que lui : mais il fut détrompé car il avait affaire à des gens qui ne s'estimaient pas moins que lui ; ils lui dirent que la chose de ce monde qu'ils craignaient le plus était que le ciel ne tombât sur eux, ce qui signifiait qu'ils ne craignaient rien. »

La construction du mythe

Onésicrite et Callisthène compagnons d'Alexandre sont à l'origine de la légende dans leurs récits des campagnes d'Asie. Au IVe siècle av. J.-C., l'historien grec Clitarque d'Alexandrie écrit une Histoire d'Alexandre déjà remplie de fables. Ce fut le premier ouvrage à construire le mythe.

En Égypte, sous le règne des Ptolémées, se crée la plus grande part du mythe. Pour légitimer leur dynastie, ils inventent un Alexandre égyptien de caractère divin par une assimilation à des dieux ou à des héros comme Héraclès.

L'admiration pour le conquérant gagne progressivement Rome. Pendant la deuxième guerre punique, Plaute y voit le modèle parfait du héros.

Mais à Alexandrie, on entend rester maître de la légende. Une Histoire d'Alexandre le Grand, écrite par un pseudo Callisthène vers 222, raconte qu'Alexandre n'est pas le fils de Philippe de Macédoine mais le fils d'Olympias et du dernier pharaon d'Égypte qui va se réfugier à Pella, capitale de la Macédoine, pour fuir l'armée Perse. Le héros du pseudo Callisthène parcourt tout l'univers connu et mythique, agrémentant ses déplacements d'aventures merveilleuses.

Ces voyages et ces récits sont repris et enjolivés dans des versions postérieures de ce premier « roman » d'Alexandre. Une des dernières est écrite en France au XIIe siècle.

Les récupérations

Le pseudo-Callisthène leur a déjà ouvert la voie, narrant une rencontre entre Alexandre et le grand prêtre de Jérusalem. Le Talmud reprenant cette tradition, fait d'Alexandre un héros sémitique, défenseur et propagateur de la religion du Dieu unique.
Une version syriaque du pseudo Callisthène (vers 514) insiste sur le voyage au pays des ombres et la construction de la muraille destinée à contenir les assauts de Gog et Magog.
La Sourate de la caverne (Sourate XVIII) mentionne Dhû'l-Qarnâ' « le Bicornu ».
Dans cette Sourate, le Coran s'inspire de l'histoire légendaire d'Alexandre.

Alexandre dans le Coran

Le Coran fait d'Alexandre un de ses héros, de ses prophètes, sous le nom de Dhû'l-Qarnâ'

« Ils t'interrogent au sujet de Dhû'l-Qarnâ'. Dis: « Je vais vous raconter une histoire qui le concerne. » Nous avions affermi sa puissance sur la terre et nous l'avions comblé de toutes sortes de biens. »
Le Coran (XVIII, 83)

Tabarî a tenté une explication sur l'origine de la relation aux cornes. Cette thèse n'est cependant appuyée par aucune preuve concrête :

« Alexandre est appelé Dhû'l-Qarnâ' pour cette raison qu'il alla d'un bout à l'autre du monde. Le mot qarn veut dire une corne, et on appelle les extrémités du monde cornes. Lui, étant allé aux deux extrémités du monde, tant à l'orient qu'à l'occident, on l'appelle Dhû'l-Qarnâ'. [...] »
Tabarî, La Chronique (De Salomon à la chute des sassanides), Actes Sud / Sindbad

On considère généralement que le nom de Dhû'l-Qarnâ' donné à Alexandre le Grand a une explication plus simple. En effet, on peut voir Alexandre, portant les cornes du dieu Ammon, sur le tétra-drachme frappé à son effigie. Cette pièce a circulé dans tout l'Orient et a servi de modèle aux monnaies arabes (le mot dirham vient du grec drachme, δραχμη / drakhmê).

Sources

Voir aussi

Bibliographie

Filmographie

Liens internes

Liens externes

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